© Alice Chaput

Marche méditative sur la Via Francigena

Une voie médiévale pour s’alléger et reprendre son souffle

Il est des routes dont l’histoire hante encore les sinuosités poudreuses et lorsqu’on les arpente, on se sent ailleurs et hors du temps. Connecté à soi et à l’univers tout entier. En communion aussi avec ceux qui marchent avec nous. La via Francigena est de celles-là. Cette « voie qui vient de France » mène à Rome. Elle mène aussi les marcheurs à une nouvelle écologie de soi. Plus vivants et plus connectés au monde.

Une marche vers Rome par le GR145

Il y a une sorte de douceur et d’équilibre : on peut marcher longtemps sans ressentir de fatigue. Après un bout de chemin, mettre un pied devant l’autre devient un Mantra, un Ohmmmm corporel qui ramène la conscience à l’instant présent et nous reconnecte à nos 5 sens. La Via Francigena naît en 990 lorsque l’archevêque Sigéric de Cantorbéry partit en pèlerinage vers la ville éternelle pour recevoir le pallium des mains du pape Jean XV. Tous les chemins mènent à Rome proclamait au XIIème siècle le moine Alain de Lille, soulignant ainsi les multiples itinéraires possibles. On emprunte le majeur, aujourd’hui matérialisé par le GR145, et l’on choisit de relier Saint-Quentin à Laon. Deux jours de périple ; départ devant la basilique de Saint-Quentin sur les traces des anciens Romieux. À peine passé devant l’hôtel de ville gothique, on rejoint les berges du canal qui longe la Somme et qui sera notre guide pendant près de 10 km. Le long de cette calme étendue d’eau les pas se déroulent souplement. Un bon échauffement, et déjà l’esprit s’envole, happé par le bruissement des feuilles qui s’agitent au-dessus de l’eau.

Méditer c’est retrouver cette dimension originelle du sentir où nos routines mentales n’ont plus prise, où tout peut paraître sous un jour neuf plein de possibles. Marcher rend optimiste !

Nul besoin de parole, que l’on soit deux ou plus, on se retrouve plus proche que jamais. L’occasion de resserrer les liens avec sa Juliette ou son Roméo, prénom d’ailleurs de circonstance puisqu’il désigne en italien celui qui emprunte cette fameuse via Francigena pour pèleriner jusqu’à Rome.

Au bout du canal, Séraucourt-le-Grand et sa petite église à la flèche en bois qui fut une des 79 étapes du voyage de Sigéric sous le nom de Martinwaeð. On longe les étangs qu’alimente la Somme et l’immense plaine se dévoile à nos yeux. Un panorama large qui aide à se désencombrer l’esprit, à délier les neurones, à déliter les soucis.

« M’apparaît alors que notre devoir le plus impérieux est de ne jamais lâcher le fil de la Merveille »

A perte de vue, les champs sont le désert où se réfugie l’esprit apaisé. Les pieds poussiéreux, nous resynchronisent au vivant, aux sons, aux couleurs… C’est une pure émotion esthétique et sensorielle. Après Tergnier et ses monuments Art déco, la ligne d’horizon se teinte du vert sombre de la forêt de Saint-Gobain. La route prend du relief et notre pas ralentit encore. Les bosquets se changent en bois touffus et l’on pénètre sous les frondaisons. On passe près de la manufacture des glaces de Saint-Gobain qui produisit les miroirs de la Galerie des Glaces de Versailles et avant de sortir de la forêt, on peut s’arrêter et méditer près des ruines de l’abbaye Saint-Nicolas-aux-Bois, dont les tours et échauguettes se fondent dans l’épaisse végétation qui l’envahit.

Puis retour dans la plaine, où apparaît au loin la montagne de Laon couronnée par la cathédrale. Elle rayonne, majesté intemporelle, telle, pour citer Charles Péguy, un grand pèlerin :

La plus droite raison qu’on ait jamais jetée, 
Et vers un ciel sans bord la ligne la plus haute.

On arrive légers dans cette vieille ville perchée ; les deux jours nous ont lavés et emplis d’une  joie simple. Et en chemin on s’est découvert un talent : notre capacité de discernement qui remet nos soucis à leur juste place.

Conseil d'habitant

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Le sentier des abbayes, en forêt de Saint Gobain

Elle est juste à côté de votre hébergement et ça serait dommage de ne pas y faire une balade verte : la majestueuse forêt de Saint-Gobain ! Je vous conseille notamment le « sentier des abbayes ». Il fait 15km de long… donc vous avez le choix entre une rando pour ceux qui aiment marcher, ou une belle balade en voiture ou à vélo pour ceux qui ont envie de plus de calme… Au programme de vos découvertes : les Roches de l’Ermitage, l’Abbaye Saint-Nicolas-aux-Bois et le Prieuré du Tortoir qui trônent au milieu de la forêt. Sur le retour, vous aurez certainement un petit creux, arrêtez- vous à la boulangerie de Coucy-le-Château pour acheter la spécialité du coin : les rissoles. Ce sont de succulents friands de viande. Un vrai délice avec une petite salade !

Christelle Clément, Experte des sorties nature et patrimoine en famille dans l'Aisne
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